NB & KL'expert à vos côtés"Le client est la clé de voûte du Credit Client... sans lui une entreprise n'est rien... avec lui, elle devient."NB & K Conseil et Audit
NB & KLe Credit Client au service du commerceOptimisez votre BFR avec une gestion saine de votre poste client.NB & K Conseil et Audit
Najat BENSACIConsultanteNB & K vous aide à trouver les solutions adéquates et personnalisées pour votre entreprise.NB & K Conseil et Audit
24 août 2017

Comment a été inventée la carte de crédit CB

Comment a été inventée la carte de crédit CB

C’est un simple morceau de plastique, que la plupart d’entre nous avons toujours en poche. Il permet d’aller chez l’épicier, au cinéma, à la piscine. Le perdre ? La catastrophe est telle qu’elle a donné naissance à des numéros de téléphone d’urgence. Pourtant, la carte de crédit n’existait pas il y a quelques décennies, et il a fallu faire preuve de beaucoup d’inventivité pour convaincre de son utilité.

«L’Amérique a changé ce jour de la mi-septembre 1958, lorsque la Bank of America a “largué” ses soixante mille premières cartes de crédit sur la paisible ville de Fresno, en Californie », affirme le journaliste Joseph Nocera. Des rectangles en plastique sont distribués ici et là, sans que personne les ait sollicités. Lorsque, neuf ans plus tard, plusieurs grandes banques de Chicago rééditent l’opération, elles inondent la ville de cinq millions de cartes. Certaines sont adressées à des personnes décédées, des détenus, des enfants et… un basset nommé Alice Griffin.

La lettre qui accompagne l’envoi félicite l’animal d’avoir acquis le statut de « client privilégié » de certains restaurants chics. Rapidement, des milliers de clients sont tentés par cet argent immédiatement disponible, que certains peinent bientôt à rembourser. Les banques enregistrent alors des pertes considérables. À Chicago, la facture se serait élevée à 25 millions de dollars (valeur de 1967). L’opération s’avéra toutefois un immense succès. Pourquoi ?

À l’époque, les banques américaines cherchent à surmonter un problème de complémentarité. On dit de deux biens qu’ils sont complémentaires quand ils se consomment ensemble. Autrement dit, la demande de l’un dépend de la demande de l’autre. C’est le cas pour les cartes de crédit : un consommateur n’opte pour le service qui si un nombre significatif d’enseignes l’acceptent ; réciproquement, les magasins ne se dotent de terminaux que s’ils enregistrent suffisamment de paiements par carte…

Un « passage en force » des banques officiellement reconnu comme illégal

Selon le vice-directeur de Bank of America, la distribution non sollicitée de cartes « était la seule manière de convaincre les commerçants qu’il y aurait assez de titulaires [de cartes de crédit] pour qu’ils estiment rentable d’accepter ce mode de paiement ». En 1970, le « passage en force » des banques est officiellement reconnu comme illégal ; mais, dans l’intervalle, les cartes sont entrées dans les mœurs : elles circulent dans 49 Etats (sur 50), et 29 millions de personnes (soit 20 % de la population adulte) les ont utilisées au moins une fois.

En Russie, l’introduction des cartes de crédit commence dès les années 1990 et concerne alors les élites, les « initiés » – clients importants de la banque ou personnalités. En effet, l’apparition d’un moyen de paiement autre que la monnaie liquide comporte alors de nombreux risques pour les banques, qui font face à une grande incertitude quant au comportement des titulaires de carte. Le marché des cartes de crédit en Russie postsoviétique se développe ensuite rapidement, celles-ci étant imposées aux employés des entreprises clientes des banques à travers les salary projects, et concerne les crédits à la consommation dès les années 2000. En 2009, on dénombrait 125 millions de cartes de crédit dans les portefeuilles russes.

Le succès de ce mode de paiement s’explique aussi par le développement précoce de la consommation à crédit dans la société américaine. Depuis le milieu du XIXe siècle, les vendeurs de meubles ou de voitures, entre autres, offrent la possibilité d’effectuer des paiements échelonnés. Certains distribuent des cartes à leurs clients les plus fidèles, uniquement valables dans leurs magasins. L’ancêtre de la carte bancaire apparaît dès 1950. Il s’agit de la Diners Club Card, réservée aux achats de loisir et de restauration. Sa nouveauté : elle est acceptée par plusieurs enseignes et introduit entre le vendeur et l’acheteur un tiers financier.

Par la suite, Bank of America se contente d’élargir ce système à tous les magasins équipés d’un terminal, au prix d’une perte d’information sur les titulaires des cartes : si le commerçant peut décider d’arrêter d’inscrire de nouveaux achats sur l’« ardoise » électronique de son client lorsque ce dernier s’avère mauvais payeur, la banque ne connaît pas personnellement ses interlocuteurs. Pour répondre à cette difficulté, les établissements bancaires développent des techniques d’évaluation de la solvabilité des emprunteurs.

Au début des années 1960, la Fair Isaac and Company ouvre ses premiers credit bureaus. Ces agences spécialisées collectent le maximum d’informations sur un grand nombre d’individus afin d’attribuer une note (score) à chaque candidat en fonction de certaines caractéristiques (profil social, situation financière, antécédents de crédit). De cette note dépendent le montant, la durée et le taux d’intérêt du prêt auquel il aura droit. En réduisant l’incertitude à un risque calculé, ces agences ont joué un rôle central dans le développement du crédit aux États-Unis.

Mais la crise des subprime de 2007-2008 a montré les dangers de ce système. Les banques avaient attribué des prêts immobiliers à des ménages pauvres, d’autres acteurs se chargeant de camoufler les risques associés à ces créances dans des produits dérivés. Les agences de notation, étroitement liées aux groupes financiers émetteurs de créances, attribuaient alors les notes les plus élevées à ces produits, dont on découvrit par la suite qu’ils étaient « pourris » : le problème n’était plus celui de l’incertitude, mais celui de l’indépendance de l’évaluation.

Le Monde Diplomatique